Découvrir le mana avec Tiana Liufau et Māhealani Mika

Date : 08/2016
Lieu : Valence (26), France
Thèmes : ‘ōte’a, ‘aparima

Tiana Liufau est à la tête d’une des écoles les plus réputées au monde : Nonosina (qui signifie oiseau blanc en samoan), basée en Californie. Elle est une des rares troupes à se produire sur la place To’ata en dehors de la période du Heiva I Tahiti. Quant à Māhealani Mika, elle est « juste » Miss Hula Aloha 2010 (c’est comme être meilleure danseuse au Heiva I Tahiti, mais à Hawai’i) et dirige une des plus prestigieuses écoles de Hula au Japon : Kilohana (littéralement : le plus haut sommet, l’excellence, le meilleur). Enfin bon… c’était une occasion de fou de pouvoir fouler le même parquet que deux personnes aussi talentueuses, passionnées et expérimentées qu’elles. Et le meilleur dans tout ça, c’est qu’elles venaient dans ma ville #trucdeouf.

Alors ? Comment ça s’est passé ?

Au moment de m’inscrire je connaissais le nom Nonosina. J’en avais déjà entendu parler sans vraiment connaitre leur travail, leur univers, etc. Je me suis inscrite au stage sans réelles attentes presque avec quelques a priori. Et ça a très certainement contribué à la série de claques que j’ai prises en pleine face et putain que c’est bon #maso. Tiana a pris un petit moment au début du workshop pour se présenter et nous parler de Nonosina et de sa compagne Mahealani, au palmarès impressionnant. A ce moment-là, j’ai compris que la transmission de la culture mā’ohi (polynésienne) faisait partie de leur ADN depuis des générations. Ça promettait de belles choses…

Elles ont commencé par nous parler du hongi : salut traditionnel Neo-zelandais ou l’on colle son front à celui de l’autre personne afin d’échanger, partager le ha, le souffle de vie. Cet échange symbolise la bienvenue, l’acceptation de l’autre. On prend toute la dimension du geste quand elles nous montrent… wahou ! première claque ! elles m’ont collé le frisson… tellement le geste et l’intention étaient forts, authentiques, sincères… j’en ai encore les larmes aux yeux en y pensant. Ce moment a été et reste l’image qui illustre parfaitement le workshop, ce que j’y ai ressenti et comment je l’ai vécu.

La pédagogie

Lors de ce stage, Tiana expliquait et Māhealani montrait. Je n’ai pas gardé un souvenir impérissable de l’échauffement, ni de la technique qu’elles nous ont enseigné… Si ce n’est que c’était physique et que j’ai compris qu’on n’était pas là pour rigoler quand je sentais mes cuisses tétaniser au bout de quelques minutes. Elles font travailler tous les mouvements avec les jambes très pliées (c’est le hula style ça !). Du coup, tu as plutôt intérêt à en avoir sous le quadriceps pour tenir. On a revu chaque pas de base (tā’iri tāmau et tāmau taere, ami, varu, fa’arapu) et Tiana nous a demandé de nous assoir… Quoi ?! s’assoir maintenant qu’on est chaude ?

Avant de nous enseigner la chorégraphie ‘ōte’a, Tiana nous a raconté la légende qu’elle illustrait. Elle nous explique que cette chorégraphie parle de la création du monde. Ta’aroa, le dieu créateur, utilise son sang pour créer les océans, sa colonne vertébrale pour créer les montagnes, etc… Classique me diras-tu !

Eh bien non, car lorsque Tiana raconte la légende, elle mime, explique la signification de chaque geste, à la manière d’unōrero (orateur que l’on retrouve dans les spectacles lors du Heiva I Tahiti, ce sont eux qui font le lien, qui racontent l’histoire pour que les spectateurs puissent comprendre les différents tableaux dansés). Elle narre avec beaucoup d’âme, tu sens qu’elle vit son récit. On se sent d’emblée embarqué par l’histoire. Ça transforme toute l’intention que tu vas mettre dans tes gestes. Inconsciemment, ton corps et ton esprit s’accaparent l’histoire, se l’approprient pour qu’ensuite, tes gestes et mouvements soient au diapason avec l’énergie et le message que tu veux transmettre. C’est une sensation incroyable !

L’énergie

Le premier mot qui me vient en pensant à Tiana c’est « force ». Tu sens que c’est une femme avec une grande force de caractère, beaucoup de personnalité, elle dégage quelque chose de puissant. Et elle te transmet cette puissance. A son contact, je me suis sentie plus épanouie en tant que danseuse, plus sure, plus ancrée.

Māhealani a un énergie plus solaire. Elle dégage énormément par sa douceur, son sourire. Tu sens toute la bienveillance qui l’anime dans son regard, son langage corporel. Elles sont très différentes, mais s’équilibrent l’une et l’autre. L’atmosphère qui s’en dégage fait vraiment du bien, ça te porte !

Elles sont toutes les deux des personnalités importantes, que cela soit en ‘Ori Tahiti, en Hula (danse traditionnelle hawaiienne), en tant que musicienne et chanteuse… et pourtant, elles sont d’une telle humilité, d’une telle générosité, d’une telle simplicité qu’elles nous ont mises à l’aise de suite. Je me souviens qu’en arrivant dans la salle, elles étaient posées par terre, Tiana avec son ukulele, Māhealani avec sa voix et elles répétaient une chanson, comme si elles étaient chez elles. C’était impressionnant… les vibrations de l’instrument et de la voix de Māhealani emplissaient toute la pièce. Et d’un regard, d’un sourire, elles t’accueillent dans leur monde. Je les ai regardées durant tout le stage avec mes yeux de petite fille impressionnée… elles dégagent tellement de choses, elles excellent tellement dans ce qu’elles font, qu’on ne peut qu’être admiratif.

Tiana transmet un message fort et danse sur la scène du Heiva I San Diego

Lors de ce workshop, la musique du module ’aparima était joué en live… 2ème claque ! On ne danse jamais de la même manière sur de la musique live. J’en ai fait l’expérience pour la première fois ce soir-là. On sent les vibrations de la musique, ça prend aux tripes. Tout s’harmonise, l’instrument, la voix, les corps, la respiration, le cœur… Quelle sensation ! Tiana est au ukulele, Mahealani chante de sa voix puissante… et on danse toutes au bord des larmes avec la chair de poule. La chanson choisit est ‘Arioi (confrérie d’artistes qui permettaient de perpétuer les savoir-faire ancestraux par la transmission orale) d’Angelo Neufer, morceau qui fait écho à tout ce que dégage ces deux femmes et qu’elles savent transmettre avec talent.

L’ambiance

Lors de ce workshop nous étions en comité restreint – une petite dizaine de danseuses – et nous nous connaissions toutes. C’était vraiment top ! On a pu poser des questions, elles ont pu faire des retours sur notre danse. C’était très appréciable. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut avoir l’avis, les conseils, les corrections de pointures du ‘Ori Tahiti comme elles deux. Autant te dire que quand Tiana s’est adressée à moi en me disant durant le module ‘aparima : « waouh, beautiful hands ! » j’ai bien cru que j’allais me mettre à pleurer… trop d’honneur de recevoir un tel compliment ! 3ème claque !

Leurs points forts

Il ne fait aucun doute que LE point fort de Tiana et Māhealani est la transmission. Elles partagent leurs connaissances, leur passion, leur énergie comme personne. Je rêve de pouvoir refaire un workshop dans des conditions identiques et me laisser porter par ce qu’elles sont. C’est un ressenti qui m’est peut-être propre, mais en discutant avec les autres filles présentes, encore aujourd’hui, on repense à ce moment privilégié avec des étoiles pleins les yeux. C’était vraiment un moment hors du temps, spécial, comme j’en ai rarement vécu.

Hōro’a nā te heiva.
Donner en dansant.

Encore une fois, d’un point de vue technique, rien ne m’a vraiment marqué. Elles ne se distinguent peut-être pas sur ce point. Mais elles apportent tellement par leur présence, leur énergie… ce sont des choses qui ne se transmettent pas verbalement. Et c’est ce qui fait, pour moi, toute leur particularité. Elles te donnent quelque chose que tu n’attends pas, que tu ne soupçonnes pas, que tu ne vois pas, mais que tu ressens et qui te bouleverse.

Extrait du spectacle Te A’a lors du gala de fin d’année de l’école Nonosina

En étant plus terre-à-terre, deux autres points forts de Tiana sont sa créativité et sa musicalité. Elle arrive à proposer des chorégraphies modernes, sans basculer dans l’ultra contemporain. Ses enchaînements sont remplis de gestes forts, puissants. Et l’exécution de ceux-là est amplifiée par le récit qu’elle fait avant chaque décorticage de chorégraphie. Du coup, tu y mets de l’âme, du cœur, tes tripes. Puis, sa musicalité fait que chaque mouvement, chaque accent est placé justement. C’est très agréable de danser chaque subtilité de la musique, de marquer chaque détail. La danse vient compléter la musique en soulignant des petites choses presque imperceptibles à la première écoute et t’en fait prendre conscience. Il n’y a plus une danse sur une musique, mais un tout qui s’harmonise.

Le déclic

Lors de ce workshop j’ai pris conscience que ce qui devait m’animer en tant que danseuse ne se commandait pas. Que cela relevait plutôt d’une série de choses qui s’alignaient et rendaient le moment exceptionnel. A tel point qu’il faut savoir en savourer chaque seconde. Que cette torpeur est éphémère et qu’elle peut se pointer sans prévenir et disparaître pour ne jamais revenir.

C’est une sensation incroyable, que j’ai pu vivre que peu de fois dans ma vie de danseuse. Et je rêve de pouvoir ressentir ça encore et encore… Pour moi c’est ça le mana (énergie, force sacrée). C’est être en osmose avec quelque chose de plus fort, de plus grand que soi. Tu te sens aligné, à ta place, transcendé par ce qui se passe. J’ai pu ressentir de nouveau cette transcendance, ce mana par la suite, … A de rares occasions. Ça demande du lâcher prise, une connexion à soi, aux autres, à cette culture. Et je n’ai pas encore trouvé la recette magique pour que cela se produise quand je le décide. Mais n’est pas ça qui rend cette sensation exceptionnelle ?

Et aujourd’hui ?

Tiana est toujours à la tête de son école. A l’automne dernier, elle a emmené 150 danseurs sur la place To’ata pour présenter Te A’a (les racines). Ce spectacle mêlait différentes danses des îles du Pacifique (samoan, tahitienne et hawaïenne) faisant écho aux origines variées de Tiana. Cela leur a également permis de se présenter au Hura Tapairu (concours aillant lieu chaque année en novembre à Tahiti) en catégorie Mehura Manihini (littéralement : danse des invités – catégorie pour les groupes étrangers).

Aujourd’hui, lorsque je revois les vidéos de ce stage (ici et ici), je me sens connectée, ancrée, alignée, à ma place… et je suis convaincue que la façon de transmettre de Tiana et Māhealani, leur énergie si particulière m’ont portée. Ou tout du moins m’ont montré la voie.

Lors de mon précédent article, je te disais que Makau nous avait appris à faire fi des carcans techniques, pour laisser place au ressenti, aux sensations… j’ai pris toute la mesure de ce lâcher prise lors du stage avec Tiana et Māhealani. Et depuis, je ne danse plus dans le même but : je ne suis plus en quête de performance. Mon objectif n’est plus d’épater mais de transmettre un message, une passion, ce qui m’anime. Hōro’a nā te heiva. Donner en dansant.


Et toi, as-tu déjà ressenti ce mana ? Dans quelles circonstances ?
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