Travailler l’improvisation pour les concours de ‘Ori Tahiti

Si tu envisages de t’inscrire à un concours de ‘Ori Tahiti international, tu n’es pas sans savoir que le passage sur scène se fait en général sur de la musique live avec des musiciens. Carrément trop génial hein ! Mais l’effet Kiss Cool c’est que la musique sur laquelle tu danses tu ne la connais pas, tu ne l’as jamais entendue auparavant et qu’il va falloir improviser. Oui oui, tu as bien lu : IM-PRO-VI-SER ! Je peux voir la panique dans tes yeux d’ici… Keep calm & lis cet article ! Tu vas voir qu’avec une bonne préparation, ça va aller tout seul et que tu vas même kiffer ton moment !

L’improvisation

Lors des concours internationaux, la musique est souvent jouée par des musiciens. C’est une chance inouïe que peu de danseuses ont la chance de connaitre en dehors de ce contexte de compétition. Ça te permet de ressentir les vibrations de la musique, d’entendre le vrai son des instruments, de voir comment fonctionne un orchestre. C’est une expérience de dingue. En contrepartie, il faut souvent improviser sa danse car les enchaînements de pehe (rythmes traditionnels tahitiens) ne sont pas communiqués avant le concours et tu les découvres le jour J.

En général, l’orchestre à 3 ou 4 enchaînements par catégorie. Ce qui veut dire que si tu passes sur scène dans les dernières lignes, tu auras la chance d’avoir entendu toutes les compositions et ton oreille se sera familiarisée avec les enchaînements de rythmes. Mais tu ne peux pas vraiment compter la dessus pour être au point sur ton improvisation. On va donc voir comment te préparer à cet exercice (disons nous-le, qui n’est pas facile) en fonction de ton niveau, de tes objectifs et de ton aisance scénique.

Qu’est ce qu’une bonne impro ?

Selon moi, une bonne impro est un enchaînement fluide. Lors des changements de rythmes la danseuse sait faire une transition pour qu’il n’y ait pas de cassure de rythme trop brutale dans ses mouvements.

La danseuse (qui connait ses pehe parfaitement) sait adapter ses mouvements en fonction des rythmes joués par l’orchestre et sait créer des accents visuels pour mettre en valeur la symbiose entre ce qu’elle danse et la musique qui est jouée.

Puis, elle gère ses déplacements de manière intelligente. Elle sait comment orienter son corps pour mettre en valeur les mouvements qu’elle exécute, elle utilise l’espace mis à sa disposition, elle laisse le temps au public et au jury d’apprécier chaque mouvement.

Faut-il un thème ?

La présentation d’un thème dans une improvisation va dépendre, avant tout, de ce qu’impose l’organisation du concours. S’il n’y a rien de spécifié c’est qu’il n’y a pas de thème imposé. Alors faut-il en suivre un malgré tout ?

Se fixer un thème peut être utile pour certains types de préparation (on va y venir), pour créer ton costume, pour avoir une cohérence, une harmonie dans ce que tu vas présenter. En revanche, certains juges n’aiment pas les thèmes et ne valorisent pas la cohérence qu’il va apporter à la prestation. Le thème peut donc t’être utile pour te donner une ligne directrice, t’inspirer… mais il ne faut pas tout miser la dessus.

Attention aux thèmes qui nécessitent des expressions de visage particulières… Si les membres du jury ne valorisent pas le choix d’un thème, ils peuvent, en revanche, te pénaliser pour un manque d’expression, de sourire, etc… Il est donc important de garder à l’esprit que ce qui est jugé c’est, avant tout, la technique et la prestance de la danseuse et non le thème choisi.

Quels pas faire ?

En concours, ce qui va être jugé en premier c’est la technique. Comme je te le disais dans l’article précédent, il faut que tu fasses uniquement des pas que tu maîtrises. Il n’y a pas de place pour l’à peu près. En général, les organisateurs imposent une certaine diversité de pas. Par exemple, au Heiva I Paris, tu dois faire au moins 3 pas différents dont le fa’arapu.

Il est vraiment important de faire le point sur ta technique et de travailler tes pas challenge en amont. C’est cette maîtrise qui va te permettre de te libérer sur scène et de prendre plaisir. Donc ne la néglige pas. Et c’est elle qui va également guider ta préparation à l’improvisation. Pense à jeter régulièrement un œil sur ta fiche bilan, pour savoir ou tu en es.

Profite également de ce contexte pour exprimer ta créativité, ton style. Il est important que ta patte artistique ressorte. Alors, si tu aimes certains pas qui sont peu utilisés, travaille-les et intègre-les à ton improvisation. S’ils sont bien exécutés, cela te fera gagner des points !

La préparation

Maintenant que tu sais QUOI faire pour ton improvisation, on va voir COMMENT le faire. En effet, il y a plusieurs manières de se préparer à l’impro de concours. Et chaque méthode va mettre en avant des choses différentes. Il va donc falloir que tu choisisses ta méthode en fonction de ta maîtrise technique, ton aisance sur scène et de tes objectifs.

La méthode « chorégraphie »

Eh oui, il est tout à fait possible de danser une chorégraphie lors d’une improvisation. C’est une méthode qui est rassurante et qui permet vraiment de travailler sa technique de pas à fond.

Pour qui ?

C’est la méthode que je conseillerais à toutes les filles qui démarrent en impro ou qui n’ont pas une grande variété de pas à proposer. Ce type de préparation permet de se focaliser sur ce qu’on sait parfaitement faire, sur ses points forts sans prendre trop de risque. Puis le jour J, il est aussi plus simple de se lâcher car on maîtrise son enchaînement de pas.

Comment travailler ?

Il peut être utile de choisir un thème pour ce type de préparation, sans partir sur quelque chose d’ultra spécifique. Tu peux par exemple choisir la femme, l’amour, la mer, la nature… Ça va t’aider à te cadrer et tu pourras t’inspirer de multiples manières car tu sauras dans quelle direction aller. Puis tu crées ton enchaînement de pas, de bras. N’oublies pas de mettre tes points forts en avant et de faire de tes faiblesses une force. L’avantage de cette méthode c’est que tu peux tout gérer en amont, alors il faut que ton enchaînement soit au top ! Je te conseille de le faire sans musique et uniquement sur des comptes afin de ne pas être perturbée lorsque tu te mettras en situation d’improvisation avec une musique que tu ne connais pas.

C’est la maîtrise technique qui va te permettre de te libérer sur scène et de prendre plaisir. Ne la néglige pas.

Lorsque tu crées ta chorégraphie, il faut que tu penses que chaque mouvement devra être fait en fonction du pehe. Il faut donc que tu sois capable d’effectuer ton enchaînement avec différents rythmes, lents ou rapides. Pense aussi au jury. Ils ont plusieurs danseuses à juger en même temps et n’auront pas toujours les yeux rivés sur toi. Il faut donc que tu leur laisses le temps de voir ce que tu proposes. Pour cela, ne change pas trop rapidement de pas, d’orientation du corps, ne te déplace pas sans arrêt. Laisse leur le temps d’apprécier ta danse et ta technique.

Puis, une fois que ton enchaînement et créé et maîtrisé, il ne te reste plus qu’à le danser sur diverses musiques. L’idée étant d’adapter toute ta création en fonction de la musique, en y intégrant si besoin quelques moments de réelle improvisation. En effet, même si tu te bases sur une chorégraphie, il est important que tu sois capable de la danser sur différents rythmes et que tu saches t’en dissocier si jamais ta chorégraphie ne peut s’adapter sur un pehe particulier.

La méthode « pehe »

Cette façon de procéder va faire prendre plus de risques à la danseuse car la part d’improvisation sera plus élevée. Elle va également demandée une bonne connaissance des pehe et de savoir les reconnaître rapidement. Ici, on va chercher à chorégraphier chaque pehe. C’est une méthode plus exigeante mais qui offre plus de spontanéité à la prestation.

Pour qui ?

Ce type de préparation s’adresse aux danseuses ayant un bon bagage technique et une bonne oreille musicale (car il va falloir reconnaître les pehe du tac-o-tac). Etant donné qu’il va falloir être concentrée sur la musique et son improvisation, il vaut mieux être déjà à l’aise avec la scène afin de ne pas avoir aussi à se concentrer sur sa posture, au sourire, etc…

Comment travailler ?

Ici, on va avoir un travail similaire à celui de la méthode « chorégraphie ». A l’exception qu’on travaille un bout de chorégraphie sur chaque pehe (cibler ceux qui sont récurrents en concours) et non plus un enchaînement complet. Pour cela, tu peux t’aider d’un thème qui va te guider et donner une cohérence entre chaque bout de chorégraphie que tu vas créer.

Pour travailler chaque rythme, tu peux te rendre sur le site www.polynesian-art.com qui propose des fichiers téléchargeables. Tu y trouveras les pehe les plus fréquemment entendus en concours et tu pourras te baser la dessus pour créer tes petits enchaînements. Il est important de développer ton oreille pour cette méthode car ça va être un élément très important de ta prestation. Alors écoute tes pehe tous les jours (dans ta voiture, en te brossant les dents, en faisant à manger), pour te familiariser avec et pouvoir les reconnaître rapidement.

Une fois que tu maîtrises les pehe et tes enchaînements, il est temps de passer à l’improvisation. Au départ, tu peux juste chercher à reconnaître les pehe, un peu comme un blind test. Puis une fois que tu reconnais les rythmes facilement, tu peux te mettre à danser et à enchaîner tes bouts de chorés les uns à la suite des autres en fonction de la musique. Soigne tes transitions entre chaque pehe de façon à ce que ta prestation globale paraisse fluide. Si tu ne respectes pas à 100% ce que tu avais créé ce n’est pas grave. La chorégraphie est la pour te donner une base et te rassurer. On reste malgré tout sur de l’improvisation et tu seras dans l’obligation d’improviser à certains moments, c’est inévitable.

La méthode « créativité »

C’est la 3ème et dernière méthode. C’est peut-être celle qui parait le moins accessible et qui pourtant offre la plus grande liberté et qui paraîtra la plus naturelle d’un point de vue enchaînement. En effet, avec cette méthode on ne chorégraphie plus rien (ou presque) et on laisse libre court à sa créativité. On fait une vraie improvisation.

Pour qui ?

Cette méthode est surtout utilisée par les danseuses aguerries avec une très bonne technique, une grande aisance scénique et qui ont déjà fait un bon nombre de concours. A mon avis, il n’est pas forcement nécessaire d’avoir un niveau de fou pour se préparer de cette manière. Il faut avant tout oser et accepter de peut-être se planter. Mais en contre partie, si tu réussis ton improvisation avec cette méthode tu auras sans aucun doute pris plus de plaisir qu’avec les méthodes précédentes.

Comment travailler ?

Même si en choisissant ce type de préparation, tu t’affranchis d’une création chorégraphique, il va tout de même falloir que tu travailles ton oreille (voir méthode « pehe »), ta technique (voir l’article précédent) et ta créativité.

Le meilleur moyen de booster ta créativité va être de te poser des contraintes lors des exercices. Tu peux t’imposer un thème que tu changeras à chaque séance, tu peux t’interdire certains pas que tu ferais fréquemment comme le fa’arapu, tu peux ne travailler qu’avec les bras, etc… L’idée étant de te mettre en difficulté maximale pour sortir de ta zone de confort et libérer ta danse. C’est cette méthode que j’utilise cette année et je me suis fait deux petites urnes : une avec des thèmes, et l’autre avec les pas que je maîtrise et mes pas challenge. Avant chaque séance, je tire un thème et une série de pas. Puis je m’amuse avec ça.

Une fois la contrainte établie, tu te lances sur quelques improvisations. Tu peux garder la même musique pour toute la séance histoire de rendre l’exercice un peu plus accessible et voir une progression au fur et à mesure des improvisations. Encore une fois, cette méthode à pour but de booster ta créativité, te libérer, faire tomber les barrières que tu te mets. A force de travailler de cette manière, tu seras plus à l’aise avec la vraie improvisation, ton corps sera capable de danser sans que tu n’aies besoin de réfléchir et tu pourras donc te concentrer sur des choses plus subtiles comme tes expressions, ton énergie.

Les petites astuces

Entrée/sortie

Il est important de soigner ton entrée sur scène et ta sortie. Veille à toujours être élégante, avec un beau porté de buste et de tête, le sourire. Et travaille ça également en répétition. Il ne faut pas attendre le jour J pour instaurer ces petites choses à ta danse. Commence dès maintenant à tenir ta posture, à avoir le sourire. Cela deviendra un automatisme et tu n’auras plus besoin d’y penser ensuite.

Pose de départ/de fin

S’il y a une chose que tu dois chorégraphier à tout prix c’est les premiers temps de ta prestation et les derniers temps. Les premiers mouvements vont donner le ton de ta danse, alors mets le paquet. Il faut que cela donne envie de te regarder. Idem pour la fin de ta prestation, c’est la dernière image que les juges auront de toi, alors mets-y tes dernières forces et propose quelque chose de propre et maîtrisé.

Déplacement

Comme je te disais en début d’article, une bonne improvisation se juge aussi à l’utilisation de l’espace. Pour cela je te conseille vivement de te créer une carte mentale de tes déplacements. Cela te permettra de savoir ou aller, d’utiliser ton espace au mieux, et de ne pas chercher à te déplacer constamment. Il faut utiliser ton espace sans pour autant courir d’un côté à l’autre de la scène. Il faut le faire intelligemment.

L’improvisation n’est pas un exercice facile. Mais en t’y préparant bien tu y prendras beaucoup de plaisir. C’est une expérience qui est très formatrice et qui te feras grandement progresser, techniquement mais aussi dans ta manière d’appréhender la scène, le regard des autres, ta gestion du stress, ton lâcher prise. Maintenant, il va falloir te mettre au travail ! Dans le prochain article on parlera de deux choses qui vont te permettre d’aller encore plus loin dans ta préparation : la vidéo et les cours particuliers.


Et toi, quelle méthode utilises-tu pour te préparer aux concours de ‘Ori Tahiti ? Laquelle vas-tu choisir cette année ? Partage ton expérience en cliquant ici


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